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samedi 29 février 2020

Vladimir : la Cathédrale Saint Dimitri


Un fabuleux chef-d'œuvre, une des plus extraordinaires églises que j'aie jamais visitées.




Ce véritable joyau date du XIIe siècle  et présente une exceptionnelle rareté, des murs largement ornés d'une multitude de sculptures. A cette époque, c'était le cas de nombreuses églises, mais l'église russe, en plein évolution, s'en offusqua et en fit détruire une large partie.


Ces sculptures montraient des dragons, des animaux divers, des végétaux, et on les assimila à de l'art païen. Inacceptable ! On les détruisit donc à la chaîne, et c'est un miracle que celle-ci ait été préservée.

En fait, c'est à son origine qu'elle doit sa conservation : elle avait été fondée par Vsevolod III, souverain révéré (et surnommé la Grande nichée car il eut huit fils).

Au XXe siècle, elle courut à nouveau de gros risques en période soviétique. Mais on mit en avant que les sculptures avaient été élaborées par des artistes caucasiens. Ca marcha avec Joseph Djougachvili, le redoutable Staline qui fut flatté de voir ses origines géorgiennes ainsi rappelées...

La structure de l'église est simple : un parallélépipède, allégé par des courbes, d'où s'élève une coupole sur un tambour étroit, percé de fines fenêtres.



On retrouve cette minceur des ouvertures à l'arrière.



L'unité des façades provient de la rigueur du programme : une rangée de colonnettes, terminées par des modillons, dessine une frise qui sépare des personnages.

Au-dessus, l'espace est divisé en trois, avec à chaque fois un personnage un peu plus grand, bien visible au-dessus de la fenêtre.


La multiplicité des sculptures surprend. Mille deux cents sujets ont été décomptés ! On n'est pas habitué à cela, ni en Russie ni chez nous.

Le personnage principal donne la clef du programme iconographique : il s'agit du Roi David avec sa harpe, célèbre auteur de psaumes. Et le Psaume 150 indique : "que tout ce qui vit sur Terre loue l'éternel". On y a vu aussi un ensemble d'animaux et de végétaux qui rappelle la création.


Le programme est cependant plus vaste encore. Ici, au sommet de la fenêtre, on voit Alexandre le Grand, monté dans une nacelle tirée par deux griffons. Il agite des agneaux pour les inciter à décoller !


Le style des sculptures ne nous est pas étranger. La Russie médiévale ne disposait pas de sculpteurs sur pierre puisqu'à cette époque, c'était une contrée d'églises en bois. On fit donc venir des artistes européens, et on peut ainsi admirer une exceptionnelle manifestation d'art roman.


Le roi David est à chaque fois représenté sur le trône, vêtu d'une robe à ramage, dextre levée.


Parmi les animaux et les arbres, deux cavaliers brandissent leur épée. Quel mouvement dans la cavalcade !



La multiplication des détails est réjouissante. Voyez-vous ces quadrupèdes se régaler de grandes feuilles ?


Les lions renvoient à l'espèce asiatique, à crinière courte. Celui que représentaient les Romains.


Les personnages entre les colonnes nous sont les plus familiers. La sculpture romane européenne en a montré beaucoup avec de mêmes caractéristiques stylistiques.


En regardant attentivement, on distingue les nimbes. Il s'agit donc d'une série de saints.



Quelle ornementation extraordinaire ! Chaque colonne, chaque chapiteau, chaque arc est orné !



Les mêmes motifs se retrouvent sur la broderie des voussures.




Sur la façade suivante, la structure est évidemment identique, à un détail près.


Non, pas dans la rangée de saints...



Mais, au milieu, encadrée de deux saints enturbannés assis sur un nuage (j'aimerais bien connaître leur identité !), la colombe de l'esprit saint descend dans une gloire.


Ici, l'état de conservation exceptionnel de l'ensemble laisse un peu plus à désirer...



De ce côté-là, les cavaliers sont moins belliqueux. Au-dessus, des oiseaux (des cygnes ?) entrecroisent leur grand cou.


Au milieu, un saint présente ostensiblement un livre. Un évangéliste ?



Quelle virtuosité de nouveau dans les frises !



En les détaillant, je suis très surpris de découvrir un entrelacs celtique. Cela donne à réfléchir sur la pluralité de ce chantier de sculptures. Ça a dû être une sacrée aventure ! Ne serait-ce que pour expédier tout ce monde ici.


La façade suivante est en contre-jour.


Le vocabulaire est identique, pense-t-on au premier abord. Et pourtant, une observation plus pointue montre que si la structure générale et l'aspect global ne varient pas, que de détails se métamorphosent d'une façade à l'autre !




Ces buissons sous les personnages suivent le même principe, et toutefois pas un n'est identique.



La dernière façade change de structure pour se conformer aux nécessités du plan. L'unité est cependant maintenue : frise de colonnes surmontant des modillons, décors végétaux. Il y aurait une tête de chouette ; c'est peut-être elle, au milieu de ma photo...


Il paraît aussi qu'on peut identifier les végétaux. Je suis plus sceptique, il me semble que l'aspect décoratif s'impose ici face au réalisme.





J'ai peut-être trouvé la tête de chien de garde !


Et je retrouve ici des entrelacs celtiques, de superbe facture.



Le tambour de la coupole est une autre splendeur. Des rinceaux s'y déploient en frises, formant des médaillons qui cernent les personnages. Je pense aux manuscrits contemporains de la cathédrale, où cette formule est parfois employée dans la frise qui bordé le texte.


En outre, c'est une ingénieuse variation sur le principe du motif entre deux colonnes. Finalement ce sont elles, les vraies responsables de l'unité de l'ensemble.

Quelques détails 


Malgré le froid très vif (et le vent, qui n'arrange rien), je refais un tour pour prendre des photos de quelques détails. J'ai les doigts congelés, mais je suis pétri d'admiration.

Je cherche aussi les travaux d'Hercule qui seraient ici illustrés, en vain, bien que je connaisse un peu leur iconographie.


Un magnifique saint, un peu hiératique, qui me rappelle les merveilles de l'art roman catalan.



Une série d'animaux fabuleux autour des cavaliers.


Celui-là serré son manteau. Il n'a peut-être pas bien chaud lui non plus ! Je lui accordé mon soutien moral.


Je me fais la remarque sur je ne vois aucun personnage féminin. Encore que, celui-là, à gauche...


Un autre évangéliste ?


Les petits détails m'enchante tu, comme la toison représentée en bouclettes. La bêbête porte un collier, par ailleurs.



En bas à droite, le chasseur victorieux s'est emparé d'une grosse bestiole !



En observant plus attentivement, je perçois des traces de polychromie.



Un lion porte-croix ! C'est la croix orthodoxe, avec la seconde barre, la traverse, qui rappelle la pancarte apposée sur ordre de Ponce Pilate.


Et je revois des vestiges de peinture, bleue, autour des personnages. Donc les sculptures étaient entièrement colorées, comme c'était le cas chez nous (on en voit également des traces dans certains portails très protégés). Ce devait être un spectacle extraordinaire ! Peut-être éloigné de notre goût, qui apprécie la blancheur pure de la sculpture romane.






Voici un saint qui agite un encensoir.


Vraiment, quel bestiaire !




A l'intérieur, hélas, photos interdites. Les quelques fresques qu'on y a préservées s'avèrent de toute façon bien moins exceptionnelles que le décor extérieur.


Je cède au selfie avant de me replier, totalement cryogénisé. Mais j'ai été absolument conquis par cette cathédrale qui vaut bien, à elle seule, de se rendre à Vladimir ! 

4 commentaires:

  1. A wonder amongst the wonders.
    I 've never heard about it. Your blog is still precious to discover art treasures!
    I thank you every day.
    CONGRATS!!!
    Annie

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    1. I feel very happy if you loved it. This was a pure delight for me to visit this exceptional cathedral.
      Thanks for your kindest words!

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  2. L’architecture de cette remarquable cathédrale est particulière avec son clocher érigé au milieu du bâtiment. Les murs sont sculptés en relief… c’est vraiment superbe, très original. Beau contraste entre les murs très blancs aux sculptures très délicates et les coupoles noires. L’église entière est recouverte de sculptures d‘une grande finesse dont toutes sont uniques. Je n’ai jamais vu une réussite pareille. Grâce à tes gros plans nous pouvons admirer la moindre sculpture. C’est une perle rare à ne pas manquer. Tu as fait un reportage formidable.
    Merci. Bises. Mam.

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    Réponses
    1. Je savais que cette église te plairait ! Je l'ai vraiment trouvée extraordinaire, moi aussi.
      Merci infiniment !
      Gros bisous.

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