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mardi 23 avril 2019

Moscou : La maison de Pouchkine


Jusqu'à la maison…



Puisque je sors de la villa de Gorki, il faut tout d'abord gagner la rue Arbat, et pour cela longer de nouveau un grand nombre de palais coquets et de villas luxueuses.





Rien à faire, il faut traverser les immenses boulevards qui fendent le quartier.


Je passe derrière la station de métro Smolenskaya,  et j'arrive rue Arbat.


Ma destination est juste derrière l'assemblage de croûtes… Mais avant, je vais déjeuner.


Je ne l'ai pas reconnue ! Ce serait l'inaccessible Princesse Turandot !



Menu du jour : bortsch (toujours délicieux), salade russe, steack avec pommes vapeur, et un gâteau aux pommes dont j'espérais beaucoup et qui est finalement assez décevant, sec et bourratif.


Je n'ai plus qu'à remonter la rue Arbat, que j'ai déjà traversée à plusieurs reprises durant mon séjour.

Dès qu'on lève les yeux, on remarque que les constructions méritent un peu d'intérêt. L'Art Nouveau a laissé des traces ici aussi !





La maison de Pouchkine



Puisque j'étais déjà passé devant à plusieurs reprises, je retrouve ce palais bleu-vert sans difficulté. Je prends mon billet groupé avec l'appartement d'Andrey Biely, enfile les chaussons, et c'est parti !

Pouchkine



Alexandre Pouchkine était le fils d'un militaire de la Garde Impériale et, par sa mère, arrière-petit-fils d'Abraham Hannibal, "le Nègre de Pierre le Grand", un Noir ramené d'Abyssinie, à qui il devait chevelure frisée et traits quelque peu exotiques.

Des gravures de Molière et de Beaumarchais rappellent l'éducation en français.


Il fut élevé en français, la langue noble de l'époque, et fut inscrit au lycée de Tsarskoïe Selo où il se fit remarquer en écrivant des vers. Il obtint un poste administratif mais continuait ses publications, parfois irrévérencieuses qui lui valurent quelques ennuis. Exilé dans des provinces lointaines, il fut finalement autorisé à voyager avec le général Radievsky. Mais ses propos frondeurs, son attitude libertine, ses multiples conquêtes féminines, ses relations difficiles avec les officiels chargés de sa surveillance finirent par exaspérer le Tsar qui décida de le reclure dans la propriété familiale de Mikhailovskoie. A nouveau entre quatre murs, il rédigea Evgeny Oniegin, Eugène Onéguine, qui rencontra un énorme succès. C'est de ce livre qu'est tiré, bien sûr, le merveilleux opéra de Tchaikovsky.




Devenu un auteur célèbre, il fut agréé au Kremlin mais c'est le tsar en personne qui assurerait la censure de ses ouvrages. Il put, à 31 ans, épouser la ravissante Natacha qui avait la moitié de son âge. La beauté de son épouse lui ouvrit des portes ; grâce à elle, il fut nommé gentilhomme de la chambre, le tsar souhaitant voir paraître Natalia Pouchkine à la Cour. Il fit paraître à cette période la Dame de Pique, encore un sujet d'opéra, et La Fille du Capitaine, grand roman historique.



Un Français, le baron Dantès, avait épousé sa belle-sœur Ekaterina mais on prétendait qu'il s'intéresserait de près à Natalia. Pouchkine l'accusa directement et le baron riposta en le provoquant en duel. Pouchkine y fut mortellement blessé (comme Lenski dans Eugène Onéguine) et décéda trois jours après, à l'âge de 38 ans.

Rez de chaussée d'un palais historique



C'est en 1838 que le couple, fraîchement marié, occupa ce beau palais. Pas pour longtemps, car Pouchkine était joueur, et ses dettes contraignirent les époux à déménager précipitamment pour Saint Petersbourg. On retrouve l'histoire de Mozart, changeant régulièrement de logement au gré de ses succès et de ses pertes au jeu.




Comme dans beaucoup de maisons d'écrivains, on y trouve objets ayant appartenu à la célébrité, documents autographes, éditions des ouvrages… On voit le témoignage d'une époque où le papier reste coûteux, et la page est exploitée au maximum.


Et, quand il reste de la place, dessins et caricatures sont tout désignés.


Une gravure dramatique de l'explosion du Vésuve rappelle le succès soudain de Pompeï à cette époque.


Note en français !



Je ne m'attendais pas à trouver ici un portrait de Field, le compositeur irlandais qui écrivit parmi les premiers Nocturnes de l'histoire. C'est vrai que ce musicien se fixa à Moscou dès 1803, parmi la haute société qui lui assurait une clientèle large, et qu'il y est enterré.


La place du Bolchoï a évidemment changé, mais pas la façade !


De rares premières éditions sont présentées sur la table en acajou. Les portraits des écrivains de l'époque rappellent la vivacité de l'activité littéraire dans la capitale, mais, franchement, j'avoue mon ignorance quant aux noms de Venevitinov, Baratinsky ou du "célèbre" Merzlakov.


Je ne connais pas du tout ce portrait, dû à l'allemand Gustav Gippius. Loin de l'image romantique généralement diffusée, ce dessin très soigné montre un visage sévère.



Une riche collection d'encriers est dispersée dans la maison. A l'époque de l'écriture à la plume d'oie, il était indispensable de conserver l'encre sans qu'elle ne séchât, et c'était l'occasion de montrer sa fortune avec de précieux objets.



Un exemplaire de 1825 du Télégraphe Moscovite, un journal à succès. Parmi les titres célèbres de ce journalisme naissant, le Télescope et le Messager de Moscou sont restés connus.


Pouchkine était un caricaturiste doué ! Sa "victime", Shalikov, composait des vers qu'il trouvait trop sentimentaux.


En 1830-1931, Pouchkine se préparait à son mariage et écrivait peu. De cette période date seulement Boris Godunov, l'histoire du tsar enterré à Sergiev Posad. Encore une fois, le récit de Pouchkine servit de livret pour un des chefs-d'œuvre de l'histoire de l'opéra.




L'ami proche de Pouchkine, Vyazemsky, habitait cette propriété à Ostafievo.


On rature, on griffonne, on gribouille. Les brouillons d'écrivains sont toujours passionnants.


Le Jardin d'Alexandre, devant la muraille du Kremlin, a un peu changé mais on reconnaît bien la tour !



Légende en français pour une gravure bien patriotique !


L'aquarelle représente la vue depuis la fenêtre, à l'époque. La rue Arbat s'est complètement  métamorphosée depuis ! Mais elle était déjà très large…


Le meuble à ouvrage, le seul meuble d'origine de la maison. Tous les autres sont d'époque mais proviennent d'autres résidences.


Cette maison appartenait à la famille Khitrovo, comme l'indique ce contrat.



L'aquarelle de Kolman illustre le village de Polotniany Zavod. Un siècle plus tard, pendant la seconde guerre mondiale, ce sera la base d'une escadrille de volontaires français !


Tverskaia, à comparer avec mon article ! C'est aujourd'hui une des principales artères du centre-ville.


Portrait signé, pour une fois.




"Le Grand Théâtre Impérial", toujours le Bolchoï.




Zarske-Célo est écrit sur la gravure, mais nous le connaissons mieux sous le nom de Tsarkoie Selo, le village où étudia Pouchkine et où est bâti le mémorable palais de Catherine.


Le Kremlin était visiblement le sujet favori des graveurs, dont beaucoup de Français.






Pas d'indication sur ces porcelaines qui auraient très bien pu provenir de Sèvres.


Encore un portrait inconnu, réalisé par Strakhov. Mais en fait, j'ai l'impression que c'est toujours le même qui est couramment présenté, celui qu'on verra plus bas !

L'étage



A l'étage, les pièces nobles de réception sont tout de suite plus vastes.


Le manuscrit est sans doute destiné à l'édition ; graphie régulière et plus lisible, le changement est radical.



Nouveau dessin, mettant en avant la chevelure frisée, presque crépue.



Facile à reconnaître, c'est la porte qui donne accès à la Place Rouge. A l'époque n'existait pas encore le Musée Historique.

Une pièce d'apparat expose le portrait le plus connu, curieusement monté sur un encrier.


C'est Tropinine, un serf libéré à l'âge de 47 ans (alors qu'il était un peintre connu), qui réalisa cette image beaucoup plus romantique que toutes celles montrées dans le musée.

J'ai l'impression qu'on y a un peu gommé les caractères de son ancêtre, par rapport à d'autres ! Est-ce pour cela que celui-ci a été privilégié ? Trouvait-on scandaleux qu'un écrivain national eut les cheveux crépus ?



Je n'ai pu totalement éviter les reflets ! Voilà Mme Pouchkine "au visage angélique".



Joseph Vivien de Chateaubrun (1793-1852) se fixa en Russie où il réalisa des vues de Moscou et des portraits de la jet-set de l'époque. Je n'ai rien trouvé sur ce peintre, je ne sais pas s'il descend d'un tragédien du XVIIIe siècle qui écrivait des pièces dans le style de Voltaire.