Pour mon premier spectacle parisien de la saison, je reviens à la Comédie Française.
C'est toujours un plaisir de remettre les pieds dans ce haut lieu bourré de souvenirs.
Lucrèce Borgia
Comme c'est souvent le cas, j'ai beaucoup plus vu l'opéra adapté de la pièce que l'œuvre d'origine. J'aime beaucoup celui de Donizetti, où j'ai eu la chance d'applaudir de grandes Lucrezia (Renée Fleming, June Anderson, Edita Gruberova entre autres). Ma première était une représentation montpelliéraine avec Nelly Miricioiu et Edoardo Gimenez, et la plus marquante une formidable version barcelonaise avec Joan Sutherland, Alfredo Kraus, Martine Dupuy et le tout jeune Michele Pertusi.
Coté théâtre, je n'ai assisté qu'à trois représentations, dont celle de la Comédie Française des années 1990 avec une Christine Fersen torturée et un jeune Éric Ruf, qui interprétait alors Gennaro.
Ma familiarité avec l'oeuvre lyrique fait que les airs me reviennent tout le long de l'opéra. Et je trouve bien dommage que Lucrèce ne bénéficie pas de l'air final,
Era desso il figlio mio, splendide scène dramatique.
Je n'avais pas pu voir la création de cette production, avec Guillaume Galienne qui faisait, paraît-il, un numéro extraordinaire en Lucrèce. Mais j'ai la chance aujourd'hui d'y applaudir Elsa Lepoivre, immense comédienne dont j'attends toujours beaucoup.
Actuellement la galerie est décorée de portraits des comédiens, relookés par Christian Lacroix. Un très chouette travail de scrapbook, avec découpages et collages.
La production de Denis Podalydès
La production est construite sur un décor ingénieux. Au premier acte, la lagune est suggérée par une gondole et des pieux émergeant du sol qui resteront en place jusqu'au bout, dangereux obstacles dans le destin tragique. Plusieurs facettes du personnage sont abordées, mais c'est surtout le besoin de rédemption de Lucrèce qui me semble l'axe principal.
L'illustration musicale qui puise dans les opéras de Verdi (sans jamais évoquer celui de Donizetti) est très intéressante.
Macbeth renvoie l'image du monstre meurtrier et
Otello suggère le poids de la jalousie dont fera preuve l'implacable Alphonse d'Este, persuadé que sa femme a un amant et bien décidé à obtenir sa tête, alors qu'il ne s'agit que d'amour maternel. Mais le plus fructueux me semble le parallèle avec
Don Carlos. La musique obstinante de l'entrée d'Élisabeth dans le bureau de son mari, juste avant ses mots "
Justice Sire", met en évidence la sincérité des sentiments d'une femme dont le destin est brisé par les accusations de son époux.
Des pistes captivantes donc, mais qui demandent de bonnes connaissances de l'opéra, ce qui n'est pas forcément le cas des spectateurs, en particulier des jeunes nombreux ce soir.
Une vibrante interprétation
Les petits nouveaux Peio
Berterretche, Pauline Chabrol, Noémie Pasteger, Léa Schweitzer, s'intègrent avec professionnalisme dans le spectacle. Anna Cervinka, la Princesse Negroni, est convaincante dans un rôle épisodique, et la troupe des gentilshommes, Yoann
Gasiorowski (Oloferno Vitellozzo), Alain
Lenglet (Astolfo et Montefeltro), Pierre Louis-Calixte (Jeppo Liveretto), Serge
Bagdassarian (Rustighello), Nâzim
Boudjenah (Don Apostolo) fait honneur au vivier de la maison.
Julien Frison campe un Maffio Orsini, l'ami fraternel de Gennaro, passionné comme il se doit, mais la palme revient à Christian Hecq qui fait de Gubetta un rôle de premier plan. Sa chanson à boire devient une grande scène comique !
Éric Ruf incarne un Don Alphonse d’Este vipérin et machiavélique, avide de vengeance. Son expression de la haine des Borgia rugit dans un crescendo impressionnant. Un grand travail de comédien.
Gaël
Kamilindi insiste justement sur la jeunesse et la candeur de Gennaro. Ce n'est pas un personnage facile, Hugo lui a réservé des phrases sur la mère inconnue qui m'ont toujours semblé un peu désuètes, et le comédien s'en tire avec les honneurs.
J'attendais beaucoup d'Elsa
Lepoivre, flamboyante comédienne, toujours d'une classe folle, et sa Lucrèce Borgia est à la hauteur de mes espérances. Elle exprime à merveille le combat d'une mère prête à s'avilir pour sauver son fils, mais tendue comme une flèche par l'attente du pardon. Grandiose. Une fabuleuse tragédienne. Et doublée d'une personne d'une immense gentillesse, en outre.
|
Julien Frison, Gael Kamilindi |
|
Serge Bagdassarian |
|
Anna Cervinka |
|
Nazim Boudjenah |
|
Alain Lenglet, Elsa Lepoivre |
|
Pauline Chabrol |
|
Christian Hecq et son vélo |
|
Eric Ruf |
Be both a helpful guide through complex issues plus
RépondreSupprimeran informed judge when choices should be made.
The goal would be to find a way to give a complete response, all
while focusing on as small a location of investigation as possible.
Run-on sentences occur due to deficiency of punctuation and happen once you become lost in your essay.
A good advice. But is it really appropriate to this post?
SupprimerWow! A new post! Lucrece Borgia, the queen of venom!
RépondreSupprimerIn the famous parisian temple of theatre!
Great post.
Annie
Thanks, dear Annie!
SupprimerWhy not plan a mesmerizing journey to Turkey.
RépondreSupprimerActually I don't plan any travel in this wonderful country. Sorry!
SupprimerA great play for sure, completely unknow in US. Thanks for this excellent review.
RépondreSupprimerJim
Thank you Jim, it is very kind. I hope you could see this play once!
SupprimerCa donne envie. Je vais prendre des places. Merci pour ce bel article détaillé!
RépondreSupprimerPierre
J'attends votre avis, Pierre ! Merci pour ce commentaire élogieux.
SupprimerJe vais le voir au cinema ca a l air bien d apres votre article merci
RépondreSupprimerSteph
Vous vous régalerez, je pense ! Merci Steph pour votre commentaire.
SupprimerMagnifique pièce. J'avais vu le spectacle avec Galienne, c'était extraordinaire. Mais Elsa Lepoivre doit être super aussi !
RépondreSupprimerBises
Françoise
Si j'avais pu, j'aurais vu les deux !
SupprimerBises derechef.
Bravo pour votre article. Votre idée des morceaux de musique est très éclairante.
RépondreSupprimerJ'ai vu le spectacle mais je n'y avais pas fait attention Je fais partie de ceux qui ne connaissent pas cette musique.
Léopold
Merci beaucoup Léopold !
SupprimerTrès intéressant compte-rendu. J'y vais bientôt et votre article m'aidera sans doute à comprendre la mise en scène !
RépondreSupprimerChristophe de Provins
Merci beaucoup Christophe mais rassurez-vous, la mise en scène est très lisible !
SupprimerQuelle chance de voir « Lucrèce Borgia » à la Comédie Française, peut-être le seul lieu où on peut la voir.
RépondreSupprimerLes photos, l’histoire, le parallèle avec l’opéra : ton excellent blog détaille la pièce, le décor, l’interprétation. Difficile de faire mieux pour inciter à courir à la Comédie.
Bisous.
Mam
J'aimerais bien que ce soit la conséquence directe ! En tout cas tu te serais régalée.
SupprimerMerci beaucoup pour ce commentaire affectueux.
Gros bisous.
Bel et riche article. Un travail de pro !
RépondreSupprimerChristiane
Merci Christiane de ces compliments, même s'ils sont totalement immérités !
SupprimerCaptivating post upon a mesmerizing play by a great author.
RépondreSupprimerTheera
A mesmerizing play, that's true! Thanks Theera.
SupprimerSuper article ! Comme si on y était !
RépondreSupprimerColine
Merci beaucoup Coline !
SupprimerBon article, détaillé et argumenté. C'est louable de penser à citer tous les comédiens.
RépondreSupprimerYassine
Ca me paraît la moindre des choses ! Merci Yassine.
SupprimerTout simplement passionnant.
RépondreSupprimerLuca
Et un grand merci, tout simplement, Luca !
Supprimermerci
RépondreSupprimerMerci à vous pour ce bref commentaire !
Supprimer