Retour dans la belle salle du
Narodni Divadlo pour mon quatrième
Ballo in Maschera de l'année (après
Paris,
Moscou et
Vienne). Décidément une œuvre incontournable de mes voyages en 2018, ce
Bal Masqué de Verdi !
La production de Dominik Beneš
C'est bien loin d'être ma meilleure production de l'année. Certes, on évite la convention navrante de l'antiquité encore présente au répertoire du Wiener Staatsoper, mais elle est remplacée par une mise en scène peu éclairante.
Ce n'est pas le cadre unique de scène qui est à mettre en cause, décor impersonnel qui s'adapte à tout, ni les costumes un peu foutraques (entre XIXe et XXe siècles) mais les choix contestables qui ne mettent rien en avant.
Ulrica en oiseau de nuit, ou en ange noir, ça pourrait fonctionner, mais que viennent faire ces tables de loge d'artiste, cadre de lumière compris ?
Oscar en femme, est-ce un atout par rapport au travesti traditionnel ?
Fin du premier acte, un bar où la fête du dernier a déjà commencé : mais que veut-on montrer ?
J'ai surtout le sentiment d'idées disparates, peu cohérentes, qui peinent faire émerger une lecture approfondie.
Costumes bien peu seyants, en outre. Celui d'Amelia, aux influences pour le moins incertaines, obtient sans difficulté la prime de laideur de la soirée.
L'atout du spectacle : une distribution solide
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Jaroslav Kyzlink |
Heureusement, la brochette d'artistes de la troupe justifie le déplacement. A commencer par le chef Jaroslav Kyzlink, dont j'avais apprécié le métier dans
Jenufa et
Prodana Nevesta (
La Fiancée Vendue), qui montre une grande attention à tous, rattrape les petits décalages du plateau, phrase la partition avec beaucoup de musicalité et sait faire respirer son orchestre. Un excellent chef complètement méconnu à l'Ouest.
En
Giudice, j'ai la surprise de retrouver Vladimir Doležal, un vétéran de la troupe à la voix encore solide.
Jiří Brückler s'avère un très correct Cristiano (Silvano dans la version traditionnelle).
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Zdeněk Plech et Roman Vocel |
Les conspirateurs Samuel et Tom prennent les traits de Zdeněk Plech et Roman Vocel, efficaces, particulièrement le premier avec une voix claire et sonore.
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Jana Sýkorová |
L'Ulrica de Jana Sýkorová est une bonne surprise : dans un rôle pas toujours réussi, elle gère bien les registres, poitrine sans excès, et livre une composition mesurée sans histrionisme.
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Marie Fajtová |
Marie Fajtová a besoin de toute la première partie pour se chauffer. Au début, la voix montre un peu d'aigreur et la projection est encore très réduite. Elle chante pourtant avec précision et les piqués sont bien en place, ce n'est peut-être pas son meilleur jour.
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Michele Kalmandy |
Le Hongrois Michele Kalmandy offre, en revanche, un splendide Renato, avec une voix richement timbrée, beaucoup d'expressivité et une superbe ligne de chant.
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Anda-Louise Bogza |
La Roumaine Anda-Louise Bogza nous gratifie aussi d'un beau travail ; elle gère l'impossible partition d'Amelia avec beaucoup d'intelligence, s'applique à colorer toute la voix, de la cave au grenier, et ne triche jamais dans les difficultés. Son
Morro ma prima in grazia, chanté avec autant d'émotion que de mesure, est un des grands moments de la soirée.
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Anda-Louise Bogza et Michal Lehotský |
Michal Lehotský n'a peut-être pas le plus beau timbre du monde, mais c'est un chanteur très honnête (au sens propre), qui chante avec vaillance un rôle particulièrement exigeant. Malgré une vilaine toux dont il se débarrasse dès qu'il ne chante pas, il affronte Gustavo / Riccardo avec franchise, lance des aigus vaillants et mène sa barque à bon port, avec une vraie justesse d'intonation. J'ai entendu des ténors bien plus célèbres se tirer avec plus de difficulté de ce rôle lourd et tendu.
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Un Ballo in Maschera : salut final |
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Roman Vocel |
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Jaroslav Kyzlink |
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Jana Sýkorová |
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Zdeněk Plech |
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Michal Lehotský et son épouse |
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Michele Kalmandy |
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avec Anda-Louise Bogza |
That's great ! A wonderful show with good singers !
RépondreSupprimerThanks for this lovely post.
Annie
Thank you Annie ! It is still a great pleasure to read your warmest comments.
SupprimerSorry for my late message !
Intéressante analyse ! La production ne me semble pas plus passionnante qu'à vous, mais votre critique des chanteurs apporte toujours le point de vue d'un spécialiste éclairé.
RépondreSupprimerPierre
Merci infiniment Pierre ! Vos compliments me vont droit au cœur.
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