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mardi 4 juillet 2017

Toulouse : Le Prophète au Théâtre du Capitole


Aujourd'hui, marché, déjeuner, et représentation du Prophète, un rare opéra, superbement exécuté.

Au marché



Le dimanche matin, comme d'habitude, je me retrouve sur le marché. A Toulouse, entre ceux qui sont couverts et ceux qui se tiennent dans les divers quartiers, on n'a que l'embarras du choix.


Je retrouve mes habitudes à celui qui entoure l'église Saint-Aubin. Il offre une sympathique diversité de produits et l'avantage appréciable d'accueillir nombre de producteurs, souvent spécialisés dans un produit (aligot, fromage de chèvre par exemple). L'un d'eux ne vend aujourd'hui que des poires de la Saint-Jean, grande rareté !





Je profite de l'aubaine pour acheter du pain de campagne, un blanc de poulet fermier du Gers et une portion de tourtière aux pommes. Mon repas dans le train de retour est assuré.

Déjeuner indien




Le déjeuner du dimanche dans le centre de la ville n'est pas une mince affaire. J'aurais bien mangé du cassoulet mais c'est un plat introuvable aujourd'hui. Crêpes, burgers, restaurants exotiques se taillent la part du lion.

Je parcours pourtant les grands itinéraires, rue du Taur, place Saint-Georges, rue Pharaon...
Après avoir dépassé une majorité d'indiens, je baisse pavillon et me laisse tenter par un restaurant simplement nommé l'Inde, pas loin des Carmes. Beignets de pomme de terre et d'aubergines, bœuf (ça, c'est rare en Inde !) jaal, crème de mangue. Avec un nan et un café, c'est une affaire de 17 €, fort raisonnable pour une cuisine fraîche et bien dosée.

Le Prophète au Théâtre du Capitole


 Une œuvre rare


La grande affaire du jour, c'est ce Prophète qui a évidemment motivé mon séjour ici. Je n'ai jamais vu cette œuvre légendaire, assez célèbre dans l'histoire de l'opéra. Un rôle de ténor réputé inchantable, un autre de contralto (créé par Pauline Viardot) encore plus inaccessible. A sa création, en 1949, les spectateurs furent enchantés par les effets de mise en scène, le ballet des patineurs (sur patins à roulettes, mais qui semblaient à glace) et les nuances du soleil obtenues grâce aux progrès de l'éclairage…

C'est surtout un excellent représentant de ces grands opéras créés pour la "Grande Boutique", l'Opéra de Paris du XIXe siècle, avec cinq actes systématiques et ballet obligé. On remonte de temps en temps La Juive et Robert le Diable... Je connais plusieurs enregistrements (en particulier la version studio avec la splendide Fidès de Marylin Horne, le live de Rome plus inégal, l'étonnante version de Stockholm avec un surprenant Jean-Pierre Furlan, la reprise viennoise avec Domingo, toujours ébouriffant) qui m'ont familiarisé avec la musique ; mais assister à une représentation scénique, c'est toujours une expérience différente qui permet notamment d'avoir une plus juste perspective du livret.

La production de Stefano Vizioli



Ce metteur en scène italien, qui avait manifesté son intérêt pour cet opéra depuis longtemps, a choisi un décor sobre et assez efficace, qui suggère des lieux plus qu'il ne les décrit. Les costumes mélangent bizarrement les époques, sans que le public n'en soit choqué un seul instant ; en fait, il ne manifeste sa désapprobation que lorsqu'il s'agit de costumes contemporains. Dès que ça paraît historique, les gens sont contents.

L'avantage essentiel est la grande lisibilité, qui permet de saisir sans difficulté les détours d'un livret peu familier à la plupart. La grande scène de la cathédrale de Munster ne manque pas d'allure, et la férocité de la foule a été travaillée avec soin. Je regrette néanmoins que ne soit pas mieux dégagé le thème le plus intéressant, comment le peuple suit comme un seul homme un gourou qui retourne l'opinion à son gré.

Une exceptionnelle distribution


Musicalement je pense qu'on pourrait tenir ces représentations comme la version de référence moderne…

Claus Peter Flor, que je n'attendais pas dans ce répertoire, montre une fine compréhension de cette musique, fait superbement sonner les instruments solistes (très haute qualité des bois) et veille à la cohésion d'un chœur nombreux et puissant comme il se doit.

Le fort sympathique Leonardo Estevez n'a peut-être pas la voix idéale pour le comte d'Oberthal, mais il compose un vrai personnage et son français est tout à fait intelligible. C'est d'ailleurs une qualité partagée avec le reste du plateau, on mesure le gros travail mené en amont.

J'ai plusieurs fois entendu depuis ses débuts Thomas Dear, le seul Français des rôles principaux, et son Mathisen plein d'autorité s'insère parfaitement au sein du trio des Anabaptistes. Il est entouré par Mikeldi Atxalandabaso, voix de ténor percutante qui se détache avec clarté et Dimitry Ivashchenko, excellente basse russe, riche et colorée. J'avais beaucoup apprécié son Esprit des Eaux dans la Rusalka de l'Opéra Bastille et je me réjouis de le retrouver l'an prochain au Festival d'Aix.

La Berthe de Sofia Fomina est un régal. Son superbe soprano, lumineux et argenté, enchante les oreilles, et son travail de belcantiste est tout aussi spectaculaire. Sa cavatine, "Mon cœur s'élance et palpite", est de la même qualité que celle de Renata Scotto dans la version studio, c'est dire. Une superbe artiste à réentendre !


Le programme de saison prévoyait Ekaterina Gubanova. La mezzo russe, que j'ai entendue dans plusieurs Eboli et Brangäne, a peut-être été effrayée par la dimension du rôle. Une tessiture impossible, descendant jusqu'au sol bémol grave, une partition épuisante (cinq airs, trois duos et un trio), dont une scène en solo interminable, avec la cavatine "O toi qui m'abandonnes" suivie de l'air terrifiant "Comme l'éclair précipité", un catalogue de difficultés.

C'est l'increvable Kate Aldrich, championne des partitions rares, qui s'y colle. Je l'ai vue dans de vraies raretés, telles la Salomé de Mariotte ou la Salammbo de Reyer, dans l'opéra français, allemand (un magnifique Oktavian) et dans beaucoup de rôles italiens, mais j'étais un peu circonspect en la voyant affichée en Fidès. C'est certain qu'elle n'est pas dotée du format requis, et elle doit creuser profond pour atteindre ces graves abyssaux, mais quel travail splendide elle a fait ! Les registres sont bien liés, la voix reste belle même dans les extrêmes, elle est d'une poignante expressivité. C'est en tout point admirable. Je l'ai vue plus de vingt fois, mais je pense (aujourd'hui) que c'est son plus beau rôle.


En revanche, j'attendais beaucoup de John Osborn, toujours parfait dans ce répertoire, et je ne suis pas déçu. Le ténor nous gratifie d'une représentation absolument exceptionnelle. Je ne sais que louer : la présence de l'acteur (on comprend que la foule se laisse embobiner par une présence aussi charismatique), la maîtrise de la prononciation, les diminuendi impressionnants sur des aigus, l'incroyable jeu de couleurs... Mille fois merci, John !

Et en plus, quelqu'un d'absolument charmant qui me consacre une demi-heure à papoter alors que sa femme Lynette l'attend à la maison. Encore merci !

 Les trois Anabaptistes : Dimitry Ivashchenko, Mikeldi Atxalandabaso, Thomas Dear

 Leonardo Estevez et Sofia Fomina

Kate Aldrich

 Kate Aldrich et Dimitry Ivashchenko

John Osborn

 Sofia Fomina, John Osborn, Kate Aldrich, Dimitry Ivaschenko
 Claus Peter Flor

 Sofia Fomina, John Osborn


  Kate Aldrich et Dimitry Ivashchenko

 Thomas Dear

 Dimitry Ivashchenko, Mikeldi Atxalandabaso

 Kate Aldrich

 Sofia Fomina

 John Osborn, en tee-shirt Desigual
avec Leonardo Estevez

2 commentaires:

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