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vendredi 1 novembre 2019

Vienne : Promenade dans Josefstadt et Alsergrund


Après la fête devant le Rathaus, je pourrais poursuivre avec les festivités liées à la fête nationale, mais je préfère m'aventurer dans des quartiers plus calmes. Alservorstadt, à la limite de Josefstadt et d'Alsergrund, me paraît un bon choix à proximité.






Je pense que cette façade correspond à l'arrière de l'Université ; j'ai l'impression que des sgraffites la décorent.


En tout cas, l'esthétique me semble relever de l'Art nouveau.



Voilà la Votivkirche, vue depuis Universitätstrasse. L'autre jour, en rentrant de nuit, il m'a semblé que les travaux étaient terminés mais la façade n'est pas entièrement achevée. De ce côté, on ne voit pas le chantier et elle paraît toute neuve.

Je rappelle que, comme les bâtiments précédents, elle fut érigée dans les années 1880 lorsqu'on traçait le Ring à la place de l'ancien rempart. Son nom d'église votive rappelle sa destination : c'est Ferdinand-Maximilian, le futur empereur du Mexique, qui voulut une église commémorative pour l'attentat raté contre son frère Franz Josef.



Automne, soleil, douceur du climat. Ce séjour viennois m'offre vraiment des promenades délicieuses.


Je remarque en premier, comme d'habitude, la statue dans la niche. Mais le plus curieux se trouve au-dessus : entre la niche et le mascaron tout en haut de la guirlande, un visage est représenté, presque solaire, à peine esquissé.



En observant les mascarons du quartier, je constate qu'on trouve ici de nombreux modèles rares, comme cette tête ceinte d'un noeud artistique.



Il s'agissait d'une église, la Schwarzspanierkirche, celle des Espagnols noirs pour s'opposer aux Espagnols blancs.... Le bâtiment a apparemment été déconsacré depuis.


Deux personnages dans les niches m'intriguent.


Un personnage avec un pallium et un marteau, c'est Vulcain, le risque d'erreur est minime.


Mais cette femme qui nourrit un serpent ? J'écarte Cléopâtre. Je pense à Athéna, dont j'ai un vague souvenir de déesse péliade. Ni une, ni deux, j'envoie un message à ma collègue de lettres classiques qui me répond aimablement. Selon elle, c'est possible, et elle pense aussi à son fils. L'hypothèse n'est pas inintéressante mais la poitrine formée et la ceinture haute me semblent l'invalider.


Ces impasses étroites entre les façades de palais ne manquent pas dans la capitale. Ombragées en été, mais sans doute obscures en hiver.


Beethoven-Hof. Je ne sais pas si c'est exactement là que le génie musical est décédé, mais c'est dans le quartier que se trouvait sa dernière résidence. Malgré sa surdité, il était visité par tous les jeunes compositeurs et les échanges se faisaient à l'aide de carnets, dont certains ont été conservés.


Le nom de Lazarettgasse permet de penser qu'un lazaret, un lieu de mise en quarantaine, y fonctionnait autrefois. Je ne garantis pas qu'il s'agisse de ce bâtiment-ci, mais c'est assez probable. Aujourd'hui c'est l'université de médecine qui occupe presque tout le quartier.


Sans crier gare, je me retrouve avec une vue à la de Chirico. Des façades nues, quelle rareté ici !





La structure circulaire porte le nom de Narrenturm, la tour du fou. J'aimerais bien en savoir davantage ! Tout ce que je découvre, c'est qu'on y expose aujourd'hui la collection anatomo-pathologique. Ca m'intrigue également, je le garde en réserve dans un coin de ma mémoire. Le campus est extrêmement agréable et je m'y promène avec une certaine béatitude...




La cour la plus grande fait aussi Biergarten. La chaleur de cette journée torride remplit la terrasse comme si nous étions au mois d'août.


Ici c'est le Weihnachtsmarkt, le marché de Noël, qui est en train d'être construit. Les petits chalets se sont répandus en Europe aussi vite que la peste brune. Mais celui-ci, au milieu des cours, doit vraiment avoir une touche personnelle.



Mon trajet manque totalement de logique... En fait, c'est mon passage devant la Beethoven-Hof qui m'a mis en tête l'idée de visiter cette église, où se déroula la messe funéraire du grand compositeur. Comme des années se sont écoulées depuis mon dernier passage, je saute sur l'occasion. Direction donc l'église de la Trinité.




C'est l'empereur Leopold qui voulut un grand ensemble hospitalier, destiné d'abord aux invalides de guerre, puis qui s'ouvrit ensuite à l'ensemble de la population.


Je remonte vers Alsergrund. Voilà un palais vaguement mauresque avec un crénelage original.


Celui-ci, c'est encore l'Université de médecine. J'ai l'impression qu'elle squatte tout le quartier.



J'arrive au Volksoper, que je photographie généralement au crépuscule, voire à la nuit ; il est trop tôt pour y pénétrer, mais j'aimerais bien profiter de mon avance pour voir l'église dont les deux clochers se repèrent de loin.


J'avance dans Lustkandlgasse, et se présente un Sanatorium apparemment tout rénové. Je n'en reviens pas ! Le dernier que j'ai vu, c'était en Arménie !


L'église Saint Canisius (Canisiuskirche)



Je m'approche de ma destination. C'est une église importante, dédiée à un personnage inconnu. Je me renseigne. Petrus Canisius fut au XVIe siècle prédicateur de la cour et administrateur du diocèse de Vienne, il n'avait pas été sanctifié mais béatifié. C'est la congrégation mariale des marchands qui décida, en 1896, de lui consacrer une église.

Sur les clochers figurent les blasons des donateurs les plus importants.

Les travaux débutèrent en 1899 et filèrent à toute allure ; en 1903, on l'inaugurait en présence de l'empereur. A ce moment-là, l'église ne pouvait recevoir l'appellation d'un "simple" bienheureux et on l'appela "église du Sauveur souffrant sur le mont des Oliviers et de la douloureuse Mère Marie". La canonisation de Canisius eut lieu en 1925 et le décret fut promulgué en 1939, pendant l'occupation allemande. Ce n'est qu'à ce moment-là que l'église prit son nom actuel.


Avec ses hautes tours de 85 m, on la voit depuis tout le quartier ; c'est même la quatrième église la plus élevée de la capitale. L'architecte, Gustav Ritter von Neumann, réalisa aussi les plans de l'église du Sacré-Coeur à Landstrasse (bien moins réussie à mon humble avis) ainsi que d'autres structures ecclésiastiques dans tout le pays.


La toiture a la hongroise dessine des motifs de tuiles, comme celle de la cathédrale.


La fausse grotte fut très prisée dans les églises de cette époque.


Je m'attendais à trouver la grille habituelle et, effectivement, je n'aurais rien perdu à miser gros. Donc ma visite est limitée à l'entrée de l'église. La nef est lumineuse cependant et permet de risquer quelques idées de style. Il semble que Neumann ait voulu synthétiser ici néoroman et néogothique.


PLutôt qu'un vrai triforium (la rangée de colonnettes surmontant les arcades), il a préféré un faux, en bouchant les ouvertures. Choix curieux car je n'y vois aucune obligation. Cela dit, il n'est pas le premier à opter pour un faux triforium !


Les chapelles sont décorées sans excès ; autel, retable, et des vitraux exécutés par Hans Schock, un spécialiste du genre originaire du Tyrol.

L'ensemble est finalement très sobre : fines colonnettes, peu nombreuses, avec des chapiteaux modestes, et surtout une rareté de statues tout à fait inhabituelle. Apparemment pas de chaire non plus ; le culte avait donc déjà abandonné cette pratique.


La décoration du choeur est assurée par une série de saints sur fond neutre (fresques ou mosaïques, difficile de distinguer), dans une esthétique plutôt médiévale.

C'est finalement ce renvoi au passé qui me frappe le plus. En 1903, le bouillonnement créatif du Wiener Werkstätte aurait pu inspirer cette nouvelle église. Mais sans doute le milieu conservateur des marchands préféra cette référence au Moyen-Âge, tout juste un peu décapée.


Il ne me reste qu'à retourner au Volksoper pour ma représentation de Die Csardasfürstin, Princesse Czardas.

4 commentaires:

  1. What a delightful walk! Golden trees, treasured palaces, original church. I feel your pleasure to stroll in amazing Vienna.
    Annie

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    1. I've got the huge chance of a wonderful autumn weather, and Vienna offers so much to the stroller!
      Thanks Annie.

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  2. Une promenade variée sous le soleil ! Quel plaisir de vous suivre dans vos pérégrinations culturelles et artistiques ! J'ai l'impression, encore une fois, de voyager à vos côtés.
    Merci.
    Pierre

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    1. C'est, encore une fois, vous que je dois remercier pour prendre ainsi la peine de m'adresser à chaque fois de chaleureux messages.
      Merci, Pierre.

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